Temps de conduite et de repos des chauffeurs routiers:
l’Europe fait avancer les règles sociales dans les transports
Bruxelles, le 2 février 2006
Le Parlement européen a adopté ce matin l’accord sur
le projet de législation européenne qui améliore le temps de
conduite et de repos des chauffeurs routiers et renforce les contrôles
sur les camions. Ainsi, les chauffeurs vont pouvoir bénéficier
d’un repos d’au moins deux jours pleins toutes les deux
semaines et d’un repos journalier plus long. Ces nouvelles règles
clarifient les règles existantes et rapprochent les pratiques des
différents Etats européens. Elles contribuent également à la sécurité
routière. « L’ouverture des marchés doit être accompagnée
des règles applicables à tous pour assurer des conditions de
travail équitables. Ces règles sociales européennes créent de
nouveaux droits pour les travailleurs et protègent contre le
dumping social » s’est réjouit Jacques Barrot,
Vice-Président de la Commission en charge des transports.
Toute une législation sociale européenne existe déjà dans
les différents modes de transport. Ces dernières années,
l’Europe a ainsi revalorisé les professions maritimes en
adoptant des règles sur la formation et les conditions de
travail. Les propositions de la Commission sur la certification
des conducteurs de locomotive et sur la certification du personnel
de cabine dans les avions vont également vers une harmonisation
des règles, notamment sociales, qui organisent ces professions.
Enfin, l’accord sur le temps de travail dans le transport
routier, adopté à la majorité qualifiée, a constitué une
avancée majeure. Cette directive sectorielle – Directive
2002/15/CE - est d’application du 23 mars 2005. Elle fixe le
temps de travail hebdomadaire maximal à 60 heures et le temps de
travail hebdomadaire moyen à 48 heures sur une période de référence
de 4 mois.
La nouvelle législation[1]
adoptée aujourd’hui complète la législation sur le temps de
travail et renforce les règles sociales dans le secteur routier.
Un Etat membre sera toujours libre d’appliquer des règles
encore plus strictes dans le cas de transports par route effectués
entièrement sur son territoire, mais il ne pourra jamais aller
en-deçà des règles minimales définies par la législation
européenne. Ceci constitue un progrès social majeur dans
certains pays et permet d’éviter le dumping social.
Le paquet introduit un temps de repos journalier obligatoire
des conducteurs d’au moins 9 heures (au lieu de 8 heures
actuellement) et un temps de repos obligatoire d’au moins 45
heures consécutives toutes les deux semaines. Ce « week-end »
des chauffeurs routiers, sous la forme d’un véritable repos de
deux jours pleins au moins toutes les quinzaines, est inconnu dans
la plupart des pays membres. C’est une innovation majeure pour
le bien être des intéressés, de leurs familles et la sécurité
de tous.
Une autre mesure importante est la réduction du temps de
conduite maximale des chauffeurs routiers. Ils peuvent
aujourd’hui rouler jusqu’à 74 heures hebdomadaires. Lorsque
ce texte sera en vigueur, aucun chauffeur routier européen ne
pourra conduire plus de 56 heures par semaine. Plusieurs Etats
vont devoir revoir leur législation dans le sens du progrès
social. Ceci complète le dispositif déjà en vigueur depuis le
23 mars d’une semaine de travail à 48 heures maximum en moyenne
sur une durée de quatre mois.
Le projet de législation prévoit que ce sont les employeurs
(en co-responsabilité avec les chargeurs) et non plus les
conducteurs qui seront tenus responsables en cas d’infraction.
La faute ne reposera plus sur les chauffeurs qui sont sous
pression. Tous les acteurs seront ainsi responsabilisés.
Un Etat membre pourra sanctionner les infractions commises dans
un autre Etat membre. Cette extraterritorialité des sanctions et
des poursuites est une innovation majeure. Avec l’introduction
du tachygraphe[2]
électronique plus précis et plus sûr face aux manipulations
frauduleuses, il sera possible pour les inspecteurs de contrôler
les temps de conduite des chauffeurs durant les 28 derniers jours
et, en cas d’infraction grave, d’immobiliser le véhicule immédiatement.
Ces nouvelles règles s’accompagneront d’un renforcement
des contrôles routiers qui passeront progressivement de 1% à 3%
des jours de travail effectués par les conducteurs et qui verront
un triplement des opérations menées conjointement par les Etats
membres. Ces contrôles doivent permettre de vérifier
l’application des règles sociales et de lutter contre les
voyous des routes qui mettent en danger leurs chauffeurs et les
citoyens européens. Ils sont un moyen d’assurer une concurrence
équitable en Europe.
A cet effet, outre des exigences minimales en matière de
formation et d’équipement, un système électronique d’échange
d’information entre Etats membres sera mis en place, permettant
une meilleure coopération entre les autorités nationales en
charge des contrôles.
Il est attendu que le Conseil approuve dans les plus brefs délais
le nouveau paquet législatif suite à l’accord avec le
Parlement européen qui est intervenu le 6 décembre 2005.
Plus d’informations sur la politique des transports:
http://europa.eu.int/comm/transport/index_en.html
ANNEXE
Historique
1. Objectif des propositions de la Commission:
Règlement : le règlement vise à simplifier, à
clarifier et à mettre à jour le règlement actuel de 1985 sur
les temps de repos de conduite des chauffeurs professionnels (de
marchandises et de passagers) et à le rendre plus facilement
appliqué.
Directive : la directive met à jour la directive
actuelle de 1988 concernant les contrôles minimaux. Elle vise à
augmenter la quantité et à améliorer la qualité des contrôles,
à promouvoir une plus grande coopération entre les autorités en
charge des contrôles et à établir une vue commune des
infractions graves.
2. Les enjeux et la portée politique
Ces deux propositions, le règlement datant d’octobre 2001,
la directive d'octobre 2003, sont devenues un paquet étroitement
lié et ont été examinées ensemble lors de la conciliation. Le
dossier est extrêmement sensible puisque l'entrée en vigueur des
deux instruments législatifs aura des conséquences
significatives pour le secteur des transports, non seulement au
sein de l'Union, mais également en dehors, où les négociations
vont être entamées afin d’aligner l’accord de même nature
des Nations Unies/Conseil économique de l'Europe : l'AETR.
Cet accord a été ratifié par tous les États membres et la
plupart des autres pays européens, y compris la Russie et la
Turquie. L'impact sera donc étendu.
3. De nouveaux gains
Règlement :
Parmi les principaux apports du nouveau règlement, on trouve :
(a) Une limite de durée de la conduite hebdomadaire claire
de 56 heures - le libellé ambigu du règlement actuel
pourrait permettre une durée de la conduite allant jusqu'à 74
heures par semaine, voire même plus.
(b) Une impossibilité de contourner les pauses: selon
le système actuel, la pause de 45 minutes (obligatoires par
tranche de 4,5 heures de conduite) peut être coupée en trois périodes
de 15 minutes. Il était légalement possible d'enchaîner presque
9 heures de conduite avec un repos de seulement 15 minutes. Les
pauses seront maintenant divisées de telle manière que cela
n'arrivera plus.
(c) Repos quotidien simplifié et progrès sociaux réalisés
: Le repos quotidien peut être actuellement coupé en trois périodes
distinctes, dont l'un doit être un minimum de 8 heures. À
l'avenir, il ne pourra être coupé qu'en deux périodes de 3
heures et 9 heures minima. Le repos quotidien minimal est donc
augmenté d'une heure et simplifié.
(d) Repos hebdomadaires réguliers: le conducteur a
maintenant le droit à un repos de week-end (45 heures) au moins
une fois tous les quinze jours. L’effectivité de ce repos peut
être facilement vérifiée lors d’un contrôle sur route et
dans les locaux de l'entreprise.
(e) Une politique d'interprétation et d'application
uniforme du règlement: un nouveau comité comportant des
agents de contrôle des États membres, ainsi que les partenaires
sociaux au niveau européen, conseillera la Commission sur le
choix d'une approche commune d'application des règles. Par
ailleurs, de nouvelles définitions précises sont incorporées
pour clarifier le texte.
(f) Extraterritorialité des sanctions: c’est une
nouvelle compétence accueillie favorablement par les agents de
contrôle. Jusqu'alors, les agents de contrôle ne pouvaient
sanctionner que les infractions commises sur leur territoire
national ou au mieux par leurs propres ressortissants à l'étranger.
Maintenant, quelque soit le lieu de commission de l'infraction, un
inspecteur, lors d’un contrôle sur la route, peut la
sanctionner.
(g) Coresponsabilité de toute la chaîne de transport:
ce principe reconnaît que les opérateurs sont souvent le maillon
faible de la chaîne de transport. Ils peuvent être souvent
soumis à une pression anormale, particulièrement de la part des
expéditeurs, qui leur imposent des commandes aux délais
infernaux les amenant à violer les règles. Cette disposition qui
est déjà dans la nouvelle directive sectorielle sur le temps de
travail est maintenant élargie à toutes les règles sociales
communautaires.
(h) Série commune de sanctions à la disposition du
personnel d'application : une série commune de sanctions est
énoncée. Chaque État membre doit les mettre à la disposition
de ses inspecteurs.
Ces sanctions comprennent également le pouvoir d'immobiliser
des véhicules si l'infraction constatée est telle que laisser le
conducteur continuer son trajet constituerait un risque pour la sécurité
routière.
Directive
Les principales avancées de la directive sont :
(a) l'augmentation du pourcentage minimal des contrôles de
1% à 3% des jours prestés: cela signifiera une amélioration
significative de la visibilité des contrôles à la fois au bord
de la route et dans les établissements, ainsi qu'un
investissement important dans l'activité de contrôle. En outre,
lorsque l’on constatera que la majorité des contrôles (plus de
90%) sera faite sur des véhicules équipés de tachygraphes numériques,
et de toute façon après 2012, la Commission pourra envisager
d’augmenter le pourcentage minimal des contrôles à 4%.
(b) Les contrôles au bord de la route peuvent être plus étendus:
actuellement les contrôles peuvent être faits sur les
enregistrements de la semaine en cours et du jour dans la semaine
précédente durant lequel le chauffeur a conduit. À l'avenir, et
grâce à l'introduction du tachygraphe numérique, et de la carte
personnelle de conducteur, les inspecteurs pourront contrôler
jusqu’à 28 jours. Un contrôle sur cette période sera
obligatoire à compter du 1er janvier 2008 pour déterminer si des
infractions ont été commises. Les conducteurs doivent porter
leur carte ou les enregistrement équivalents des 28 derniers
jours.
(c) Les contrôles se concentreront principalement dans les
locaux des entreprises: à l'avenir au moins 50% du
pourcentage minimal des contrôles doit avoir lieu dans les
entreprises. L'accent est mis sur ce type de contrôle, puisque
c’est dans l’entreprise, avec toutes les données nécessaires
sous à la main, que les inspections peuvent être les plus complètes.
(d) Entraîner pour améliorer la qualité de contrôle :
la directive prévoit que les inspecteurs devraient être bien
formés et être équipés d’une liste d'équipements communs de
base. Les États membres sont obligés d'élaborer et de mettre en
oeuvre une stratégie d'application nationale cohérente, pour
laquelle ils peuvent désigner un organisme pour coordonner les
actions des agences de contrôle concernées. La clause de
non-discrimination a été renforcée et un retour statistique
plus complet à la Commission est exigé.
(e) Règles de temps de travail également vérifiées:
lorsqu'un inspecteur se rend compte pendant le contrôle que les règles
de temps de travail ont été également violées, il est obligé
d’informer les autorités de contrôle compétentes de
l'infraction.
(f) Promotion d’une meilleure coopération: les opérations
de contrôles concertés sont triplées pour passer de deux à six
par année; les formations communes entre les inspecteurs de l'État
membre doivent être tenus au moins une fois par année ; échange
d'informations sur les contrevenants non résidents à promouvoir.
Un organisme de coordination désigné au sein d'un État membre
doit agir comme point de contact pour les questions d'application
lors de traiter d'autres États membres et la Commission.
(g) Promotion de meilleures pratiques: un nouveau comité
comportant des représentants d'agent de contrôle de l'État
membre ainsi que les partenaires sociaux au niveau européen est
créé pour étudier :